Les médias ont-ils favorisé l’accusation d’abus contre Michael Jackson ?
Depuis deux ans, on a fait beaucoup de bruit autour de l’artiste Michael Jackson et de sa propension à faire dormir dans sa chambre des enfants qui n’ont aucun lien de parenté avec lui. Il ne s’agit pas ici de débattre du caractère approprié ou inapproprié de cette pratique, ni d’en examiner en soi les mécanismes. Il s’agit plutôt d’examiner le rôle que les médias ont joué en contribuant à la création des accusations d’agression sexuelle pour lesquelles Jackson est actuellement jugé.
Si l’on se rappelle la tempête de publicité négative que le documentaire « Living with Michael Jackson » a provoquée en février 2003, on est presque amené à se demander si la réaction démesurée à l’émission était tant soit peu calculée à dessein. Bien sûr, tout cela n’est pour l’instant que pure spéculation. Toutefois, rétrospectivement, la « tempête » était-elle intentionnelle ?
Bien que le documentaire ait été en grande partie favorable à Jackson, et que beaucoup aient estimé que la pop star avait été exploitée par son sombre créateur Martin Bashir, on a très peu discuté des tactiques hypocrites que l’intervieweur a employées pour amener Jackson à s’ouvrir et à parler franchement. Le tournant sombre et inattendu de l’émission a été annoncé par une musique dramatique et des voix hors champ de Bashir, qui disait trouver des aspects de l’artiste et de sa vie « troublants », en particulier l’affection de Jackson pour les enfants.
Avant même que l’émission ne traverse l’Atlantique vers l’ouest, les médias bourdonnaient déjà des déclarations que Jackson avait faites au sujet du partage de son lit avec des enfants sans lien de parenté avec lui. Comme sur commande, Gloria Allred, qui se décrit elle-même comme « défenseure des droits civils et des victimes », a convoqué, comme d’habitude, une conférence de presse pour demander aux autorités de Santa Barbara d’examiner l’aptitude de Jackson comme parent et d’enquêter sur les déclarations qu’il avait faites à propos des enfants dans sa chambre.
Cherchant à tirer profit de la fureur qui avait éclaté, VH-1 et ABC ont obtenu les droits de diffuser pour la consommation américaine cette œuvre scandaleuse produite au Royaume-Uni. Grâce en grande partie à des gens comme Allred et ses acolytes, ABC, qui avait réussi à convaincre VH-1 de reporter sa diffusion, n’avait pas besoin de faire beaucoup de promotion. La publicité était déjà là.
Cela ne veut pas dire que la chaîne n’a rien fait pour promouvoir l’émission très attendue. La veille et le jour de la diffusion de l’émission spéciale, « Good Morning America » a mis un accent démesuré sur les enfants de Jackson, sur la question de savoir si son comportement autour d’eux constituait de la maltraitance d’enfants, sur ses finances et ses habitudes de dépenses, et sur la façon dont l’émission de Bashir pourrait avoir un impact sur sa carrière musicale.
Le 6 février 2003, jour de la diffusion, le bureau du procureur de district de Santa Barbara a publié un communiqué en réponse à ce qu’il a appelé un « intérêt public généralisé » relatif à l’émission spéciale de Bashir. Rappelant l’enquête de 1993 sur les allégations d’abus contre la légende de la musique, le procureur de district a déclaré que le service du shérif enregistrerait l’émission et l’examinerait.
Il a en outre été déclaré que, bien que l’aveu de Jackson soit troublant, les « sauts mentaux de mauvaise conduite » des médias « ne sont pas acceptables comme substituts juridiques à des victimes ou témoins directs crédibles et coopératifs ». Cette déclaration a été immédiatement suivie d’un appel à d’éventuelles « victimes » ou à « quiconque... détient des preuves crédibles » d’un crime commis par Jackson.
Le procureur de district Thomas Sneddon regardait, et le reste de l’Amérique aussi.
L’émission de Bashir montrait le « journaliste » qui jugeait son entrevue avec Jackson et son futur accusateur comme « le moment le plus troublant » des huit mois qu’il a passés à filmer Jackson par intermittence. Bien que Jackson ait souligné à deux reprises, dans l’émission fortement condensée, qu’il avait laissé son lit au survivant du cancer et à son frère pendant qu’il restait sur le plancher, cela n’a absolument rien fait pour apaiser l’assaut médiatique.
Pendant ce temps, le camp Jackson s’efforçait de faire dérailler le train fou qui traînait le nom du chanteur sur des braises et du verre brisé. Déclaration après déclaration a été publiée pour contrer les insinuations et les spéculations concernant Jackson et le garçon dans l’émission, mais on aurait dit qu’ils étaient à des années-lumière de rétablir l’équilibre de la couverture.
Une déclaration sous serment de 1993 du premier accusateur de Jackson a rapidement été divulguée sur Internet. Une brochette de personnages familiers de cette affaire sont soudain réapparus, dont Diane Dimond. Charles Gibson, d’ABC, a demandé si les autorités devraient parler au garçon, que l’on voyait s’agripper à la main de Jackson dans l’émission.
En chemin est arrivée la « psychiatre des médias » Dre Carole Lieberman, qui a déposé une plainte contre Jackson auprès des organismes de protection de l’enfance des comtés de Los Angeles et de Santa Barbara le 11 février 2003. Comme celle d’Allred, sa demande de retirer les trois jeunes enfants de Jackson de sa garde à la suite de l’incident du balcon en Allemagne avait été « classée » sans qu’aucune mesure ne soit prise contre la superstar.
Sa plus récente plainte comprenait une « analyse psychologique » du documentaire de Bashir, qui devait servir de preuve pour justifier une enquête sur Jackson. Parmi plusieurs questions soumises à son charabia psychologique, Lieberman a écrit qu’à son avis, « on avait l’impression indéniable que quelque chose de sexuel s’était produit avec [le garçon], comme en témoignaient son langage corporel et son attitude soumise envers Michael ». Cette lettre se révélerait être l’une de plusieurs qui lanceraient des enquêtes sur des accusations d’inconduite présumée.
Sur le plan financier, Jackson s’est révélé une aubaine pour les cotes d’écoute. Les grands réseaux ont ensuite cherché à profiter de la vague. ABC a rediffusé la tristement célèbre émission et consacré une émission spéciale aux chirurgies plastiques de Jackson, tandis que FOX a diffusé la réfutation de Jackson à l’émission de Bashir. NBC, qui avait perdu sa tentative de présenter la réfutation, a aussi consacré un « Dateline » élargi au visage de Jackson. CBS était le seul réseau sans émission spéciale, l’entrevue qu’il devait avoir avec le chanteur ayant été annulée à la dernière minute.
Le scandale a fini par s’apaiser, pour revenir en novembre 2003, lorsque les forces de l’ordre de Santa Barbara ont perquisitionné le ranch Neverland Valley de Jackson. En quelques heures, on a appris que le garçon présenté dans l’émission controversée neuf mois plus tôt était au cœur de nouvelles allégations d’agression sexuelle contre Jackson.
Source : MJJF/eMJey
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