VIBE a retrouvé des membres du groupe de Jackson de l’ère Bad
Pour parler de BAD 25, VIBE a retrouvé des membres du groupe de Jackson de l’ère Bad, dont le claviériste acclamé Greg Phillinganes, le guitariste Jon Clark et le chorégraphe Vince Patterson. De ce que c’était de travailler avec un Jackson affamé en studio d’enregistrement pendant la création de Bad, et de leur époque dans la folie record de la tournée Bad, jusqu’à la seule personne que Jackson considérait comme sa véritable concurrente, voici une interview qui montre pourquoi MJ reste une figure transcendante près de trois ans après sa mort. Bad, en effet.--Keith Murphy (@Murphdogg29) VIBE : Pour Michael, il y avait beaucoup à égaler avec la sortie de Bad. À présent, nous avons tous entendu les histoires selon lesquelles il était déterminé à détruire les ventes de disques de Thriller. Mais Michael était aussi déterminé à placer la barre plus haut sur le plan artistique avec Bad, de l’album à la tournée. Pouvez-vous parler de son état d’esprit en entrant dans cette ère, cet album et cette tournée ? Greg Phillinganes : Il voulait simplement dépasser Thriller. Il visait 100 millions d’exemplaires, à ce que dit la légende, c’est bien cela ? Greg : Oui, mais il y a une mince frontière entre avoir un objectif et être irréaliste [rires]. Thriller a battu tous les records. C’est devenu ce succès massif et emblématique qu’il est aujourd’hui. Mais Michael était motivé [pendant ces sessions de l’album Bad]. À ce moment-là, il avait bien plus d’apport en écriture et en production dans la musique. C’était encore à Quincy [Jones] de garder le tout solide et de s’assurer que nous ne perdions pas le contact avec la réalité. Y a-t-il eu un moment pendant ces sessions de studio de Bad où vous vous êtes dit : c’est surréaliste… je joue pour Michael Jackson ! Greg : Tout le temps. Je me souviens d’avoir fait « The Way You Make Me Feel » en studio. Michael se tenait juste à côté de moi quand je faisais ma partie [de clavier]. Il se contentait de groover, de hocher la tête et de claquer des doigts. Ça devait être intimidant, non ? Greg : Eh bien, le fait est que Michael était très investi dans le caractère non seulement de chaque chanson, mais de chaque partie de la chanson. Parfois on ne se rend pas compte à quel point il était brillant. Je sais que c’est drôle de dire ça maintenant, mais on oublie vraiment l’éclat pur de Michael, non seulement en danse, mais aussi dans l’écriture et le chant. Mon Dieu, il était formidable ! On voyait l’étendue de ses influences : Fred Astaire, James Brown, Sammy Davis Jr… tout le monde. Patterson : Du point de vue de la danse, Michael voulait toujours placer la barre plus haut. Il n’a jamais été chorégraphe, sauf pour ses propres mouvements. Mais il savait quand même ce qu’il voulait des [autres danseurs]. J’ai participé aux clips de « Beat It », « Thriller » et de tous ceux de l’album Bad, y compris « Smooth Criminal » et « The Way You Make Me Feel ». Et vous savez, Michael a vraiment évolué. C’était aussi un perfectionniste en série, non ? Vince : [Rires] Oui ! Je vais vous donner un exemple du [tournage du clip de] « Smooth Criminal ». Il y a une phrase de danse qui se répète dans le clip. Je l’ai donnée à Michael et il est resté devant le miroir pendant quatre heures à faire exactement le même décompte encore et encore et encore ! Je venais le voir sans cesse en disant : « Michael, allez… tu peux faire une pause. » Et Michael me disait : « Non, Vincent… je veux le faire jusqu’à ce que ce soit parfait. » Michael était un contremaître impitoyable envers lui-même. Et cette détermination inhumaine s’est prolongée dans les concerts de Bad eux-mêmes ? Jon Clark : C’est vrai. Mon travail sur la tournée était de jouer les parties de guitare que l’on entendait sur l’album Bad. Je connaissais tous les gars qui jouaient sur ses albums comme Paul Jackson et David Williams. Je peux vous dire ce que Michael m’a donné, à moi qui arrivais en renfort pour mon rôle de guitariste sur cette tournée. Ça a changé ma vie. Michael m’a dit une chose quand nous nous sommes rencontrés… il a dit : « Tu sais, les guitares me font danser. » Qu’est-ce qu’on répond à ça [rires] ? On joue à fond… Jon : [Rires] Oui… c’est exactement ce qu’on fait ! Nous regardions le film du concert de Bad l’autre jour. On remarque que la vitesse et le rythme du spectacle étaient incroyables. Je me suis tourné vers Greg, qui était le directeur musical de Michael, et j’ai dit : « Je n’arrive pas à croire que nous faisions ce spectacle à un tempo aussi rapide. » Mais en même temps, pas une note, pas un groove, pas un silence dans la musique n’a changé. L’esprit des chansons n’a jamais changé parce que Michael fixait le tempo. Beaucoup de lecteurs sont peut-être trop jeunes pour s’en souvenir. Mais pourriez-vous décrire à quel point la tournée Bad était gigantesque à l’époque ? Jon : Il est important de noter qu’à l’époque, la tournée Bad était la plus grosse production jamais réalisée. Nous étions à Londres et quelqu’un a dit que c’était la plus grosse tournée qu’il ait jamais vue… plus grosse que U2, plus grosse que tout le monde. Et je me souviens que pendant la partie « Billie Jean », il y avait un éclairage spécial développé uniquement pour la tournée de Michael. Il avait été fabriqué rien que pour qu’il fasse son truc sur « Billie Jean ». Vince : C’était spectaculaire. Mais vous savez ce qui était encore plus spectaculaire ? Regarder Michael danser de derrière ! Mais voici aussi ce qui m’a bluffé, Keith. À l’époque, nous pensions que la tournée Bad était énorme. Et elle l’était. Nous pensions que ce que nous construisions réellement sur la scène était énorme, mais avec le recul, en comparaison de ce qui se fait aujourd’hui, c’était au fond un spectacle très, très simple. Comment cela ? Vince : Il n’y avait pas de changements de décor ni de changements de costume. La seule fois où Michael quittait la scène, c’était lorsqu’il la quittait avec élégance pour donner à ces musiciens extraordinaires la chance de montrer vraiment au monde ce dont ils étaient capables. Mais c’était une tournée très simple. Tout reposait sur les musiciens, la musique, la danse et la performance de Michael. C’est ce qui m’a bluffé. Greg : La vraie grandeur de la tournée Bad, c’était la taille du décor lui-même. Nous construisions des décors dans le stade, plutôt que dans les salles. Nous avions plusieurs sacs de projecteurs d’atterrissage réglementaires pour avions [rires]. Ils vous aveuglaient complètement quand on les allumait pour la première fois. Mais le jouet préféré de Michael, c’était la nacelle élévatrice. C’était l’échelle extensible avec un bras qui sortait, de sorte qu’il pouvait se balancer au bout au-dessus de la foule. Jon : Se balancer dangereusement au bout [rires]. Greg : Exactement… les fans adoraient ça, mais ça terrifiait le type de l’assurance [rires]. Aussi révolutionnaire que la tournée Bad l’ait été musicalement, les instruments utilisés sur l’album Bad l’étaient tout autant. Le travail aux claviers était à la pointe de la technologie, du Synclavier au Synth Axxe. À quel point le travail sur l’album Bad était-il à la pointe ? Greg : C’était très à la pointe. Le Synclavier venait de devenir le grand acteur des synthétiseurs. Nous en transportions deux exemplaires complets. Et ils n’étaient pas bon marché. Quelle tâche était-ce de transposer les sons de Bad dans un format live réel ? J’imagine à quel point ce serait intimidant d’amener des chansons comme « Bad » ou « Smooth Criminal » dans un cadre live, étant donné le travail technique qu’il a fallu pour enregistrer ces morceaux. Greg : J’avais déjà réalisé ces sons sur l’album Bad. Je les avais créés en studio, donc j’avais un avantage total. Mais la nouvelle technologie a vraiment aidé tout le monde sur la tournée Bad quand il s’agissait de créer les pistes d’accompagnement… les choses que nous ne pouvions pas vraiment jouer à partir de l’album. Le Synth Axxe faisait partie de cet [arsenal]. Nous avons pu maximiser les points forts de chacun dans le groupe. L’un de nos membres, Chris [Currell], avait vraiment été engagé comme programmeur. Il n’était pas vraiment fait pour se produire sur scène, mais là, on l’a déguisé. Chris a fini par ressembler à l’un des membres de KISS [rires]. Il a fini par faire un solo en jouant des échantillons ! Jon : Ça m’a bluffé, Greg. C’était vraiment brillant. Greg : Ouais… le gars jouait un putain de solo avec rien d’autre que des échantillons sur le Synclavier. Et il le faisait en rythme. Il se donnait à fond tous les soirs. Jon : Je remplaçais des gens comme Ray Parker Jr. et Paul Jackson Jr. C’était mon boulot. J’ai donc beaucoup appris de ces gars. Quand la tournée Bad est arrivée, j’avais une idée de ce que je devais faire. Ce n’était pas un concert de George Michael, ce n’était pas un concert de James Brown… c’était un concert de Michael Jackson. Et un concert de Michael Jackson, c’est une tout autre affaire, non ? Jon : Vraiment. Mais voilà le truc. David Williams était le guitariste préféré de Michael. Et il est impossible de jouer comme ce gars, mais je savais ce qu’il faisait. Pour moi, en tant que musicien, je savais ce que je devais faire côté programmation. J’ai passé énormément, énormément, énormément d’heures à bien faire les choses ; toutes les heures passées à programmer des sons de guitare pour moi et Jennifer [Batten] pour cette tournée. Donc j’ai tout de suite compris. Mais comme dans la plupart des productions de Michael Jackson, la chorégraphie était aussi importante que la musique. Vince, avez-vous eu un chemin plus difficile pour recréer certains des clips de Michael, surtout ceux de l’album Bad ? Vince : Il y a eu beaucoup de travail là-dedans. La tournée a commencé au Japon, et une fois qu’ils ont décidé de faire le tour du monde, on m’a fait venir. Je me suis assis avec Mike et Greg et nous avons parlé de changer l’ordre de certaines chansons et des morceaux qui y figureraient. Mais comme c’était Michael et que tout était lié au mouvement, tout le monde dansait. Peu importe qu’ils soient derrière des claviers ou à la batterie. Je voulais m’assurer que chacun avait quelque chose à faire côté mouvement. C’était bien plus que simplement recréer les clips. Vous jouiez dans des stades de plus de 70 000 personnes. Avez-vous déjà regardé cette masse énorme de gens, vous êtes-vous fait dessus et dit : « C’est de la folie » ? Jon : Un peu… moi, oui… oui [rires]. Vince : J’ai oublié de quoi cela avait l’air quand Michael a jeté son chapeau dans le public et qu’il y a eu ce plan rapide sur ces gens, je me suis dit : « Oh, mon Dieu… ils vont s’arracher les bras ! » Jon : Je ne me suis jamais fait dessus en regardant la foule [rires]. Mais je vous dirai qu’on ne saura jamais ce que ça fait de voir 70 000 personnes se balancer pendant qu’on joue « Man In The Mirror ». Greg : C’est comme regarder le film Il faut sauver le soldat Ryan. Quand ils prennent d’assaut la plage et qu’il n’y a pas un mot de prononcé, on entend juste les balles et les cris. Ma première expérience de la tournée Bad à Tokyo, quand ces projecteurs d’avion se sont allumés, c’était comme Il faut sauver le soldat Ryan. On n’entendait rien… on voyait juste. J’ai vu les yeux de Michael qui me regardaient et il s’est approché. C’était un moment surréaliste. Je ne peux pas vous l’exprimer. Tout était au ralenti. Michael était vraiment connu comme le compétiteur ultime. Il regardait les autres artistes pour ce qu’ils faisaient musicalement et sur scène et voulait les surpasser. Pendant l’ère Bad, quelle est la seule personne dont Mike se disait : « Oh, il faut que je porte mon niveau à un autre niveau » ? Jon : Ça ne pouvait être que Prince [rires]. Pendant les ères Thriller et Bad, il n’y avait que ces deux-là — Michael et Prince. Et ils le savaient tous les deux. Tout le monde a lu parler de ce fameux sommet que Quincy a organisé. Seul Quincy pouvait réunir Michael et Prince dans une même maison et essayer de les convaincre de faire « Bad ». Mais Prince [a décidé de ne pas faire partie] de la chanson. On pouvait voir la rivalité amicale entre ces deux-là, même sur leurs tournées et dans leurs clips. Michael avait tendance à se concentrer sur certaines choses que faisait Prince. Ils étaient tous les deux incroyables et brillants. Imaginez ces conversations… Greg : Dingue. Mais le plus dingue, c’est qu’aux concerts de Wembley, je me suis personnellement mis en tête de faire une déclaration. Pendant les solos du groupe, je jouais des morceaux d’artistes dont j’apprenais qu’ils étaient dans le public. Alors j’avais entendu dire que Prince était au concert. Alors j’ai fait toute une section à part de « It’s Gonna Be A Beautiful Night » de Prince. Je parle du groove, du break et de tout ! Nous sommes descendus à l’avant de la scène et nous avons fait taper le public dans les mains sur le quatrième temps. Nous l’avons usé jusqu’à la corde [rires]. Et je ne sais toujours pas si Prince était vraiment dans le public. Mais la mauvaise nouvelle, c’est que cette séquence ne figurera pas dans ce DVD parce que Prince a décidé de ne pas nous céder les droits. Et j’aimerais qu’il change d’avis. Jon : Et vous savez quoi, ce n’était qu’un hommage à lui. Greg : Et c’est là l’ironie… Vince : Michael répétait toujours un mantra, depuis que je le connais. Il vous prenait à part et disait : « Il faut qu’on fasse quelque chose que le monde n’a jamais vu. Je veux donner aux gens qui nous aiment quelque chose qu’ils n’ont jamais vu. » C’était le but de Michael… repousser constamment les limites. Et cela valait pour tout ce qu’il faisait, que ce soit un album, une tournée live ou un court métrage. C’est pourquoi Michael était si compétitif. C’était sa motivation. En regardant l’album Bad de Michael Jackson avec le recul, quel est l’héritage global de cette œuvre ?> Greg : Bad a mis en valeur son art de soliste parce que Michael était plus impliqué côté production et écriture. Oui, il a travaillé avec Quincy… mais pas tout à fait autant que sur Off The Wall et Thriller. On a vu la transition de Michael qui devenait davantage une force solo en coulisses, loin des Jacksons. Au moment où il est entré dans Dangerous, Quincy n’était plus là. Michael a commencé à faire venir différents producteurs pour exprimer ses idées musicales. Je pense que Bad est l’expression la plus aboutie du savoir-faire de Michael. http://www.vibe.com/article/bad-25-shines-light-michael-jackson%E2%80%99s-most-underrated-album-era-and-competitive-obsessions-1 Le groupe : « Bad » est l’« expression la plus définitive » de MJ (21-9-2012) Trois membres de l’équipe de Michael — le claviériste Greg Phillinganes, le guitariste Jon Clark et le chorégraphe Vince Patterson — ont parlé de l’impact de l’album sur sa carrière dans une interview au magazine VIBE, 25 ans après sa sortie en août 1987. Greg Phillinganes a dit : « "Bad" a mis en valeur son art de soliste parce que Michael était plus impliqué côté production et écriture. On a vu la transition de Michael qui devenait davantage une force solo en coulisses, loin des Jacksons. Michael a commencé à faire venir différents producteurs pour exprimer ses idées musicales. Je pense que "Bad" est l’expression la plus définitive du savoir-faire de Michael. » Il a ajouté que l’objectif de Michael était de « simplement dépasser son album précédent "Thriller" » en vendant 100 millions d’exemplaires. Le chorégraphe Vince Patterson a aussi plaisanté sur le perfectionnisme de l’artiste, en donnant un exemple tiré du tournage du clip « Smooth Criminal ». « Il y a une phrase de danse qui se répète dans le clip. Je l’ai donnée à Michael et il est resté devant le miroir pendant quatre heures à faire exactement le même décompte encore et encore et encore. Je venais le voir sans cesse en disant : "Michael, allez. Tu peux faire une pause." Et Michael m’a dit : "Non, Vincent, je veux le faire jusqu’à ce que ce soit parfait." Michael était un contremaître impitoyable envers lui-même. » Pour lire l’interview complète et très intéressante de VIBE, veuillez cliquer ici. Source : MJFC / NZ City / Bang Showbiz / VIBE
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