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Joe Vogel : le pouvoir méconnu de la musique de Michael Jackson

Juillet

Joe Vogel

1. Second to None : race, représentation et pouvoir méconnu de Michael Jackson

saturday bang means take it to clubs or pubs where people drink and dance on saturday night.Saturday Sun yek rooznaameh astI ain't second to none... ain't yekjoor mokhafafe dar waghe slang-e baraye "Am not"14 minutes agoEli Azariaha merci bita joon! vali chera mige "nistam!"14 minutes agoBita Taherianin jomle ya'ni "man shabihe hichkase dige-ee nistam"... "man dovomie kasi nistam"

Le pouvoir méconnu de la musique de Michael JacksonLE 8 FÉV. 2012, 11 h 14 HNESon influence aujourd’hui prouve qu’il est l’un des plus grands créateurs de tous les temps, mais l’art de Jackson — comme celui de nombreux artistes noirs — n’obtient toujours pas tout le respect qu’il mérite.

AP ImagesPlus de deux ans et demi après sa mort prématurée, Michael Jackson continue de divertir. Le spectacle Michael Jackson Immortal World Tour du Cirque du Soleil, qui plaît au public, sillonne actuellement l’Amérique du Nord, tandis qu’un récent épisode de Glee consacré à Jackson a fait grimper de 16 % les cotes d’écoute de la série et lui a valu ses meilleures ventes musicales de la saison. Même le spectacle de la mi-temps du Super Bowl de Madonna rappelait une tendance lancée à l’origine par Jackson.

Mais il y a un autre volet crucial de l’héritage de Jackson qui mérite l’attention : son rôle de pionnier en tant qu’artiste afro-américain évoluant dans une industrie encore minée par la ségrégation, par les représentations stéréotypées, ou par une très faible représentation.

Jackson n’a jamais fait mystère de ses aspirations. Il voulait être le meilleur. Lorsque son album Off the Wall, qui avait connu un grand succès (en 1981, l’album le plus vendu de tous les temps par un artiste noir), a été snobé aux Grammy Awards, cela n’a fait que renforcer sa détermination à créer quelque chose de mieux. Son album suivant, Thriller, est devenu l’album le plus vendu de tous les artistes, toutes origines confondues, dans l’histoire de l’industrie musicale. Il a aussi remporté un nombre record de sept Grammy Awards, fait tomber les barrières raciales à la radio et à la télévision, et redéfini les possibilités de la musique populaire à l’échelle mondiale.

Pourtant, chez les critiques (majoritairement blancs), le scepticisme et la méfiance n’ont fait que croître. « On ne lui pardonnera pas de sitôt d’avoir renversé autant de situations », prédisait James Baldwin en 1985, « car il a bel et bien attrapé l’anneau de cuivre, et l’homme qui a fait sauter la banque à Monte-Carlo n’est rien à côté de Michael. »

Baldwin s’est révélé prophétique. En plus d’un flot de moqueries sur son intelligence, sa race, sa sexualité, son apparence et son comportement, même son succès et son ambition ont été utilisés par les critiques comme preuve de son manque de sérieux artistique. Les critiques décrivaient fréquemment son travail comme « calculé », « léché » et « superficiel ». Des critiques rock de l’establishment comme Dave Marsh et Greil Marcus ont notoirement rejeté Jackson comme le premier grand phénomène de la musique populaire dont l’impact était plus commercial que culturel. Elvis Presley, les Beatles et Bruce Springsteen, affirmaient-ils, avaient défié et remodelé la société. Jackson, lui, vendait simplement des disques et divertissait.

Le but de son ambition n’était ni l’argent ni la célébrité ; c’était le respect.

Il ne devrait pas être très difficile d’entendre les sous-entendus raciaux d’une telle affirmation. Historiquement, ce rejet des artistes noirs (et des styles noirs), jugés dépourvus de substance, de profondeur et d’importance, est aussi vieux que l’Amérique. C’était le mensonge qui constituait le minstrel show. C’était une critique courante des negro spirituals (par rapport aux hymnes traditionnels), du jazz des années 1920 et 1930, du R&B des années 1950 et 1960, du funk et du disco des années 1970, et du hip-hop des années 1980 et 1990 (et encore aujourd’hui). Les gardiens de la culture ont non seulement manqué de reconnaître d’emblée la légitimité de ces nouveaux styles et formes musicales, mais ils ont aussi eu tendance à négliger ou à réduire les accomplissements des hommes et des femmes afro-américains qui en ont été les pionniers. Le roi du jazz, pour les critiques blancs, n’était pas Louis Armstrong, c’était Paul Whiteman ; le roi du swing n’était pas Duke Ellington, c’était Benny Goodman ; le roi du rock n’était ni Chuck Berry ni Little Richard, c’était Elvis Presley.

Compte tenu de cette histoire de couronnements blancs, il vaut la peine de se demander pourquoi les médias ont eu tant de réticences à appeler Michael Jackson le roi de la pop. Ses réalisations méritaient certainement un tel titre. Pourtant, jusqu’à sa mort en 2009, de nombreux journalistes ont insisté pour parler du « roi de la pop autoproclamé ». En effet, en 2003, Rolling Stone est allé jusqu’à réattribuer ridiculement le titre à Justin Timberlake. (Pour suivre le schéma historique, l’an dernier encore, le magazine a conçu une formule qui a couronné Eminem — plutôt que Run DMC, Public Enemy, Tupac, Jay-Z ou Kanye West — roi du hip-hop.)

Jackson était bien conscient de cette histoire et s’y est constamment opposé. En 1979, Rolling Stone a renoncé à un article de couverture sur le chanteur, en disant qu’il ne jugeait pas que Jackson méritait d’être en première page. « On m’a répété maintes et maintes fois que les Noirs en couverture des magazines ne font pas vendre », a dit Jackson, exaspéré, à ses confidents. « Attendez. Un jour, ces magazines viendront me supplier pour une interview. »

Jackson avait bien sûr raison (le rédacteur en chef de Rolling Stone, Jann Wenner, a même envoyé en 1984 une lettre d’autodérision reconnaissant cet oubli). Et pendant les années 1980, du moins, l’image de Jackson semblait omniprésente. Pourtant, à long terme, l’inquiétude initiale de Jackson paraît légitime. Comme le montre le décompte ci-dessous, ses apparitions en couverture de Rolling Stone, la publication musicale la plus visible des États-Unis, sont bien moins nombreuses que celles des artistes blancs :

John Lennon : 30Mick Jagger : 29Paul McCartney : 26Bob Dylan : 22Bono : 22Bruce Springsteen : 22Madonna : 20Britney Spears : 13Michael Jackson : 8 (dont deux après sa mort ; l’une avec aussi Paul McCartney)

Est-il vraiment possible que Michael Jackson, sans doute l’artiste le plus influent du XXe siècle, ait mérité moins de la moitié de la couverture accordée à Bono, Bruce Springsteen et Madonna ?

Bien sûr, ce mépris ne se limitait pas aux couvertures de magazines. Il s’étendait à tous les domaines de la presse écrite. Dans un discours prononcé à Harlem en 2002, Jackson a non seulement protesté contre les affronts qu’il subissait, mais aussi expliqué comment il s’inscrivait dans une lignée d’artistes afro-américains en lutte pour le respect :

Toutes les formes de musique populaire, du jazz au hip-hop, du bebop à la soul [viennent de l’innovation noire]. Vous parlez de différentes danses, du catwalk au jitterbug, au charleston, au break dance — toutes sont des formes de danse noire... Que serait [la vie] sans chanson, sans danse, sans joie, sans rires, sans musique. Ces choses sont très importantes, mais si vous allez à la librairie au coin de la rue, vous ne verrez pas une seule personne noire en couverture. Vous verrez Elvis Presley, vous verrez les Rolling Stones... Mais nous sommes les vrais pionniers qui ont lancé ces [formes].

Si sa formule « pas une seule personne noire en couverture » comportait certainement une part d’emphase rhétorique, son propos plus large sur une représentation extrêmement disproportionnée dans la presse écrite était indiscutablement exact. Les livres sur Elvis Presley à eux seuls sont plus nombreux que les titres sur Chuck Berry, Aretha Franklin, James Brown, Ray Charles, Marvin Gaye, Stevie Wonder et Michael Jackson réunis.

Quand j’ai commencé mon livre, Man in the Music: The Creative Life and Work of Michael Jackson, en 2005, il n’existait pas un seul livre sérieux consacré à la création de Jackson. En fait, dans ma librairie Barnes & Noble locale, je n’ai pu trouver que deux livres sur lui, point final. Tous deux traitaient des scandales et des controverses de sa vie personnelle.

Il semblait que la seule façon de parler de Michael Jackson était de le présenter comme un monstre de foire, une curiosité, un spectacle. Même les critiques de ses albums, après Thriller, se concentraient sur le sensationnel et étaient massivement condescendantes, quand elles n’étaient pas carrément hostiles.

Bien sûr, cette mauvaise couverture médiatique ne tenait pas seulement à la race. Les préjugés étaient souvent plus subtils, voilés et codés. Ils étaient mêlés à son altérité générale et confondus avec la construction médiatique « Wacko Jacko ». De plus, comme Baldwin l’avait finement noté, il y avait des appréhensions, pas entièrement sans rapport, liées à sa richesse et à sa célébrité, des angoisses à propos de ses excentricités et de sa sexualité, de la confusion devant l’évolution de son apparence, du mépris pour son comportement enfantin et des craintes liées à son pouvoir.

Mais l’essentiel est le suivant : au milieu du cirque qui l’entourait, Jackson est parvenu à laisser derrière lui l’un des catalogues les plus impressionnants de l’histoire de la musique. Rarement un artiste a su aussi bien communiquer la vitalité et la vulnérabilité de la condition humaine : l’exaltation, le désir, le désespoir et la transcendance. En effet, dans le cas de Jackson, il incarnait littéralement la musique. Elle le traversait comme un courant électrique. Il la transmettait par tous les moyens à sa disposition — sa voix, son corps, ses danses, ses films, ses mots, la technologie et ses prestations. Son œuvre était multimédia d’une manière jamais vue auparavant.

C’est pourquoi la tendance de nombreux critiques à juger son travail selon des normes musicales euro-américaines étroites, souvent blanches, est une telle erreur. Jackson n’a jamais rempli proprement les cases et a défié bien des attentes des amateurs de rock/alternatif. Il était profondément enraciné dans la tradition afro-américaine, ce qui est essentiel pour comprendre son œuvre. Mais la marque de son art est la fusion, la capacité de coudre ensemble des styles, des genres et des médiums disparates pour créer quelque chose d’entièrement nouveau.

Si les critiques se contentent de mettre les paroles de Jackson sur une feuille de papier à côté de celles de Bob Dylan, ils trouveront probablement Jackson en position défavorable. Ce n’est pas que les paroles de Jackson manquent de fond (sur le seul album HIStory, il s’attaque au racisme, au matérialisme, à la célébrité, à la corruption, à la distorsion médiatique, à la destruction écologique, aux abus et à l’aliénation). Mais sa grandeur tient à sa capacité d’amplifier ses mots par la voix, l’image, le corps et le son, de sorte que le tout soit plus grand que la somme de ses parties.

Écoutez, par exemple, ses vocalisations non verbales — les cris, exclamations, grognements, halètements et le langage vernaculaire improvisé — par lesquelles Jackson communique au-delà des limites du langage. Écoutez son beatbox et son scat ; la façon dont il étire ou accentue les mots ; son aisance de staccato à la James Brown ; la manière dont sa voix passe du rauque au lisse puis au sublime ; les appels et réponses passionnés ; la façon dont il s’envole tout aussi naturellement avec des chœurs gospel et des guitares électriques.

Écoutez ses rythmes virtuoses et ses riches harmonies ; les syncopes nuancées et les lignes de basse signature ; les couches de détails et l’archive de sons inhabituels. Allez au-delà des classiques habituels et écoutez des chansons comme « Stranger in Moscow », « I Can't Help It », « Liberian Girl », « Who Is It » et « In the Back ». Remarquez l’éventail des sujets, le spectre des atmosphères et des textures, l’étonnante variété (et synthèse) de styles. Sur le seul album Dangerous, Jackson passe du New Jack Swing au classique, du hip-hop au gospel, du R&B à l’industriel, du funk au rock. C’était une musique sans frontières ni barrières, et elle a résonné partout dans le monde.

Cependant, ce n’est qu’à la mort de Jackson en 2009 qu’il a enfin commencé à susciter plus de respect et d’appréciation de la part de l’intelligentsia. C’est l’une des étranges habitudes de l’humanité de n’apprécier vraiment le génie qu’une fois qu’il a disparu. Pourtant, malgré cet intérêt renouvelé, les rejets faciles et la disparité de la couverture écrite sérieuse persistent.

Concurrent à l’égal du légendaire Muhammad Ali, Michael Jackson ne se serait jamais contenté de peu. Son but était de prouver qu’un artiste noir pouvait faire tout ce qu’un artiste blanc pouvait faire (et plus encore). Il voulait dépasser toutes les limites, obtenir toutes les reconnaissances, battre tous les records et atteindre l’immortalité artistique (« C’est pourquoi, pour échapper à la mort », disait-il, « je lie mon âme à mon œuvre »). Le but de son ambition n’était ni l’argent ni la célébrité ; c’était le respect.

Comme il l’a proclamé avec audace dans son tube de 1991, « Black or White » : « I had to tell them I ain't second to none. »

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