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Earth Song de Michael Jackson : une lamentation pour la Terre

Juillet
Joseph Vogel estime que « Earth Song » de Michael Jackson est « l’hymne le plus significatif de notre époque », et il lui a consacré un livre de 50 pages. Le livre s’intitule : Earth Song: Inside Michael Jackson’s Magnum Opus (Earth Song : un regard sur le chef-d’œuvre de Michael Jackson) La version numérique du livre est en vente sur Amazon. Earth-Song-magnum-opus.jpg Vogel avait déjà écrit le livre « Man in the Music: The Creative Life and Work of Michael Jackson ». Mais que dit-il de cette chanson ? Nous vous invitons à lire quelques lignes de ce livre fascinant :
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Avant la vérité dérangeante d’Al Gore*, avant Avatar* et Wall-E*, avant que les préoccupations environnementales ne deviennent le sujet de conversation du moment, Earth Song de Michael Jackson était la chanson de protestation la plus inhabituelle et la plus audacieuse de l’histoire de la musique populaire. Un succès mondial qui a dominé les classements dans plus de 15 pays, et pourtant il n’est jamais sorti aux États-Unis. 16 ans plus tard, le nombre d’admirateurs de cette chanson ne cesse de croître. Cette chanson — une supplication déchirante portée par la voix de la Terre et de ses habitants, surtout les plus exposés au danger — reste aussi significative et importante aujourd’hui qu’elle l’était alors. Earth Song était particulièrement importante pour Jackson, qui la considérait à juste titre comme l’une de ses meilleures œuvres. Il avait prévu que cette chanson soit le moment culminant des concerts This Is It, voués à l’échec, à Londres. Earth Song fut la dernière chanson qu’il répéta sur scène avant sa mort. Le texte suivant fait partie du livre de 50 pages qui retrace le parcours évolutif de la chanson Earth Song — de ses débuts dans l’esprit de Michael, dans la ville de Vienne, jusqu’à son exécution en direct à Munich.
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mjearthsong1.jpg Michael marchait vite dans sa chambre d’hôtel. Il était en plein milieu de la deuxième partie de la tournée mondiale Bad. 123 concerts épuisants qui ont duré deux ans. Cette tournée est ensuite devenue l’ère la plus rentable et la plus suivie. Quelques jours plus tôt seulement, à Rome, au Stadio Flaminio, il s’était produit devant 30 000 spectateurs qui avaient complètement perdu la tête et envahi tout l’espace du stade. Pendant ses moments de repos, avec le producteur Quincy Jones et le légendaire musicien Leonard Bernstein, il avait visité la petite chapelle Sixtine et la basilique Saint-Pierre, dans la Cité du Vatican. Ils étaient ensuite allés à Florence, où Michael s’était tenu devant le chef-d’œuvre de Michel-Ange, la statue de David — et sa grandeur lui avait captivé les yeux. Il se trouvait maintenant à Vienne, en Autriche. La capitale de la musique occidentale — où Mozart a écrit son chef-d’œuvre, la Symphonie no 5, et son inoubliable Requiem. Où Beethoven a appris la musique auprès de Haydn et joué la première symphonie de sa vie. Et c’est ici, à l’hôtel Vienna Marriott, le 1er juin 1988, qu’est né le chef-d’œuvre de Michael Jackson, « Earth Song ». Cette pièce de six minutes et demie, sur laquelle il avait travaillé pendant sept ans, ne ressemblait à rien de ce qu’on avait jamais entendu dans la musique pop. Les hymnes sociaux et de protestation étaient toujours considérés comme l’héritage de la musique rock. Mais pas comme ça. Earth Song était une œuvre épique, émouvante et fondatrice. Elle avait de profondes racines et une vaste portée. C’était une lamentation tirée des livres de Job et de Jérémie, et une mission johannique qui évoquait les œuvres de Blake, de Yeats et d’Eliot. La manifestation de Guernica — le chef-d’œuvre de protestation de Picasso — en musique. Dans un passage de la chanson qui crie la dévastation et la douleur, on entend une voix… des larmes, des pleurs, de la révolte… (What about us ? — So what about us ?) Earth Song était en passe de devenir le plus grand hymne environnemental de l’histoire. Dans plus de 15 pays à travers le monde, elle a dominé les classements musicaux et s’est vendue à plus de 5 millions d’exemplaires. Pourtant, les critiques ne savaient pas comment la traiter. Sa musique était une fusion d’opéra, de rock, de cantiques d’église et de blues. Quelque chose de différent de toute chanson qu’on entendait à la radio. Elle défiait toutes les attentes que l’on pouvait avoir d’un hymne traditionnel. Au lieu d’un thème nationaliste, elle faisait surgir un monde sans frontières ni hiérarchies. Au lieu de parler de croyances religieuses et d’attitudes humaines, elle parlait d’élargir la conscience des gens à l’équilibre et à l’harmonie de l’environnement. Au lieu d’une propagande simpliste pour lancer un mouvement de protestation, c’était une déclaration authentique et artistique. Au lieu d’un chant collectif bruyant qui deviendrait de la matière à T-shirts et à panneaux publicitaires, c’était un cri mondial — sans paroles. Jackson se rappelait le moment exact où la mélodie de cette chanson s’était formée dans son esprit. La deuxième nuit de son séjour à Vienne. Dehors, après le boulevard du Ring et le vaste Stadtpark, il pouvait voir de grands musées, des églises et des théâtres illuminés. Les fenêtres de sa chambre donnaient sur une vue extraordinaire du monde extérieur, mais son esprit et ses sentiments étaient occupés par autre chose. Il était certainement seul — mais pas seulement. Quelque chose de plus profond s’était emparé de lui : un sentiment mêlé de désespoir face à l’état actuel du monde. Peut-être le trait le plus évident des gens célèbres est-il l’égocentrisme. En 1988, Jackson avait certainement de bonnes raisons d’être centré sur lui-même et arrogant. Il était l’être humain le plus célèbre de la Terre. Partout où il voyageait, il semait le chaos parmi les gens. Un jour après son concert au stade de Vienne, où tous les billets avaient été vendus, l’Associated Press titrait : « 130 fans évanouis au concert de Jackson ». Si les Beatles étaient plus aimés que Jésus, comme John Lennon l’a prétendu un jour, alors Michael était la sainte trinité.* Michael_Jackson1_1988vienna.jpg
Michael Jackson - Prestation de la tournée Bad - 2 juin 1988 - Vienne, Autriche — Un jour après la création d’Earth Song.
Mais malgré tout, bien qu’il aimât la célébrité, il ressentait la lourde responsabilité d’utiliser son nom pour un but qui dépassait la gloire et la richesse. (Son Livre Guinness des records de 2000 le présentait comme la pop star la plus charitable de tous les temps.) Il dit : « Si vous aviez vu les choses que j’ai vues et voyagé dans tous les endroits où j’ai voyagé, ignorer ces problèmes ne serait pas honnête. » Dans chaque ville qui accueillait la tournée Bad, il visitait des orphelinats et des hôpitaux. Quelques jours avant Vienne, alors qu’il était à Rome, il avait visité l’hôpital pédiatrique Bambino Gesù, passé son temps à distribuer des cadeaux, à prendre des photos et à signer des autographes — et avant de quitter l’hôpital, il lui avait fait un don de plus de 100 000 $. Quand il se produisait ou aidait des enfants, un sentiment de force et de joie le traversait. Mais quand il rentrait à l’hôtel, l’anxiété, la tristesse et le désespoir l’envahissaient. Toute sa vie, Jackson a été sensible à la souffrance et à l’injustice. Mais ces dernières années, son sens du devoir s’était accru. Son comportement simple et sans prétention n’était pas ce que son esprit naturellement curieux, semblable à une éponge, aurait exigé. Il n’était pas un politicien (il préférait sans aucun doute le domaine de l’art à celui de la politique), mais il n’était pas non plus indifférent au monde qui l’entourait. Il lisait beaucoup de livres, regardait beaucoup de films, parlait avec des experts et étudiait des sujets avec enthousiasme. Il s’était vraiment consacré à comprendre ce monde et à y créer du changement. En 1988, il avait des inquiétudes. Le réchauffement climatique et la sécheresse, les incendies de forêt généralisés, les tremblements de terre, le génocide et la famine. Le chaos et la violence avaient éclaté en Terre sainte, et l’Amazonie était pillée. Du pétrole et des eaux usées étaient déversés dans les mers. Le magazine Time avait donné sa une éditoriale à la Terre en danger plutôt qu’à la Personnalité de l’année, et beaucoup de gens venaient seulement de réaliser qu’ils étaient sur la voie de la destruction de leur propre maison. La plupart des gens suivent l’actualité par hasard, sans la rechercher activement. Ils deviennent engourdis et indifférents aux événements terribles qu’ils voient à la télévision. Mais ces images faisaient souvent pleurer Jackson. Il intériorisait ces événements et ressentait la douleur dans son propre corps. Quand d’autres lui disaient de profiter seulement de sa richesse et de sa fortune, cela le mettait en colère. Il croyait profondément à la phrase de John Donne* selon laquelle « nul homme n’est une île ». Pour Jackson, cette phrase s’étendait à toutes les dimensions de la vie. Toute la planète était reliée, et elle avait de la valeur en elle-même. Il dit : « La plupart des gens voient les problèmes comme extérieurs au cercle de leur propre vie. Mais moi, je ne le ressens pas ainsi. Ce ne sont pas des problèmes extérieurs. Je les sens en moi. Un enfant qui pleure en Éthiopie, une mouette imbibée de pétrole, un adolescent soldat qui tremble de peur en entendant le bruit des avions qui passent au-dessus de lui. Quand je vois et entends des choses pareilles, est-ce qu’elles ne coulent pas en moi ? »* À un moment, pendant une séance de répétition, il a cessé de danser parce que l’image d’un dauphin pris dans un filet de chasse avait blessé sa sensibilité. « À la façon dont son corps se tordait dans le filet de chasse, on voyait qu’il endurait beaucoup de douleur. Ses yeux étaient vides, mais il avait encore un sourire sur les lèvres — le même sourire que les dauphins ne perdent jamais. Je répétais une danse quand je me suis dit : ils leur arrachent la danse. »* Quand Jackson dansait, il pouvait sentir en lui ces émotions sauvages. Sa danse et son chant étaient l’expression de la douleur et de la souffrance qu’il ressentait. C’était libérateur. Pendant un court moment, il pouvait guider son public vers un monde d’extase et d’harmonie. Mais inévitablement, il était rejeté dans le monde réel — plein de peur et d’aliénation. Tandis que Jackson se tenait dans sa chambre d’hôtel, une grande part de souffrance et de désespoir s’est enflammée en lui. Et alors, quelque chose s’est abattu sur lui : Earth Song — un hymne parlé par la voix de la Terre, de son point de vue, avec sa voix. Une lamentation, une supplication. Au début, la voix collective de la chanson l’a atteint. Un cri sans paroles. Il a pris son magnétophone et appuyé sur le bouton d’enregistrement : Aa aa aaaaah oo oooooooh. Cette pièce simple mais puissante. Jackson s’est dit qu’il avait trouvé ce qu’il voulait. Puis il a écrit l’introduction et une partie des couplets. Il a façonné le plan final. Il était sûr que ce serait la plus grande œuvre qu’il écrirait jamais. -------------------------------------------------- * Al Gore - Une vérité qui dérange - un documentaire de 2006 basé sur les efforts et la campagne d’Al Gore pour informer les citoyens sur le réchauffement climatique et la destruction de l’environnement. * Avatar - un film de James Cameron * Wall-E - un film d’animation *Sainte Trinité ou Trinité - l’une des croyances fondamentales du christianisme selon laquelle Dieu est une union de Dieu le Père, Dieu le Fils (Jésus-Christ) et Dieu le Saint-Esprit. * John Donne - poète et prédicateur anglais du XVIe siècle *Extrait du livre Dancing The Dream de Michael Jackson -------------------------------------------------- Source : eMJey.com / joevogel.net / huffingtonpost.com / wikipedia
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